Contamination

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Paul faisait bouillir sa viande. Comme tout le reste d’ailleurs.
Tout y passait, la viande, les légumes, les fruits.
Ces saloperies de bactéries pouvaient s’infiltrer partout…
La lessive à 90°, les fenêtres hermétiquement fermées, un stock d’eau de javel impressionnant toujours prêt à l’emploi.

Les choses avaient commencé bêtement… un rhume. un simple rhume… Lassé des sempiternelles guérisons temporaires, Paul souhaitait prendre le mal à la racine, éradiquer la source au lieu de soigner la conséquence…
La source… ces agresseurs microscopiques, et pourtant omniprésents. Des bactéries, des microbes, un nanocosme si puissant qu’il avait anéanti une race d’envahisseur dans la Guerre des mondes… Bien sur, ce n’était qu’un film, mais quand même… Si tout commençait par un rhume…
En poussant la réflexion plus loin, et toutes les maladies…

De jours en jours, Paul allongeait sa toilette matinale, savonnant, rinçant, polissant la moindre parcelle de son corps.
Une simple lubie, ses collègues et voisins ne purent s’empêcher de le remarquer.
Une simple lubie ostensible : un masque sur le visage dès qu’il sortait de chez lui, à l’instar des japonais, décidément toujours en avance, des gants en permanence, simples gants blancs, mais protecteurs…
D’ailleurs, Paul avait cessé de serrer la main de son entourage, d’embrasser parents et amis… toutes ces marques d’affection, de reconnaissance ou de politesse n’étaient pour lui que de potentiels échanges de miasmes.

Jusqu’au jour ou Paul ne sortit plus… en réponse aux appels du bureau, il se fit porter pale, pour rester chez lui, et opta pour un télétravail accepté faute de mieux.

L’intendance se limitait désormais aux livraisons. Les livreurs devaient eux aussi rapidement se rendre compte de la particularité du client ; tout ce qu’ils voyaient de lui était un mot sur la porte “déposez les paquets”, et un chèque réglant la facture…

“Bouffé de l’intérieur”.
C’était les premiers mots qu’avait prononcé l’inspecteur en relisant son rapport.
La mort était due à l’ingestion d’eau de javel. D’après le toubib, le gars avait du complètement perdre la boule. C’était d’ailleurs étonnant qu’il ait tenu aussi longtemps, compte tenu de la taille de sa tumeur au cerveau. Une mort ou une autre, de toute façon il y restait.
“Qu’est ce que tu dis ?”, fit son collègue en relevant la tête de ses dossiers.
“C’est le gars qu’on a retrouvé mort dans son appart’ la semaine dernière… tu sais, le truc plus clean qu’une salle d’opération… Il était tellement effrayé par la contamination qu’il voulait tout désinfecter, et lui avec… finalement, il est pas mort de l’extérieur, mais de l’intérieur… la vie est ironique des fois, j’te jure…”.

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