Simple Thoughts – Quai de Gare

Adossé contre le bâtiment, il l’écoute, l’observe, la guette, imprimant chaque seconde, chaque image de ces rares moments partagés . Sa main s’avance doucement pour écarter une mèche rebelle qui tente d’ôter partiellement son visage à sa vue. Elle lève les yeux, évalue la menace et le laisse aller au bout de son geste.

Du bout des doigts, il écarte alors le jais de ses cheveux pour laisser nouveau l’albâtre resplendir, poursuivant le mouvement pour ancrer derrière l’oreille ces quelques fibres soyeuses. Mais sa main ne retombe pas, au contraire. Les doigts s’allonge et la paume  vient rejoindre la douceur de sa joue en une lente caresse. Elle plonge son regard dans le sien, attrape sa main, ce bref et électrisant contact de sa peau maintenant rompu. Ses yeux se plissent alors que ses lèvres esquissent un sourire : l’étreinte de la main se prolonge, les doigts se meuvent et effleurent les siens, il savoure alors le déferlement d’effets que ce simple contact engendre chez elle. 

Joueuse, elle resserre son étreinte sur la main et la ramène vers elle, maintenant une distance dangereusement faible de ses hanches. Quelques centimètres les séparent, la rue est déserte, et elle l’achève, dans un souffle, en deux mots : “embrasse moi”…

Il plonge son regard dans le sien, hésitant, incrédule bien plus qu’indécis, partagé sur son offre entre proposition et provocation. Ira-t-il au bout?

La confirmation survient rapidement dès lors qu’ elle laisse une main se reposer sur sa hanche, en apprécier la chaleur, la douceur, tandis que l’autre s’empare de son bras d’une ferme douceur, de peur sans doute qu’elle ne s’échappe. Leurs visages se frôlent, sans qu’elle ne se dérobe, et leurs yeux se ferment pour apprécier pleinement l’instant magique où ils gouttent enfin le subtil nectar tant rêvé de leurs lèvres.

Une fois, deux fois, puis à trois reprises il s’aventure sur cet Eden rosé quand un éclair le parcours ; ses mains finement dessinées se rejoignent dans son dos pour lui rendre son étreinte, la pression de ses lèvres se fait plus forte et elle s’abandonne, vaincue, tout son être tourné vers dans cette simple étreinte… Il parcours avec bonheur la fine courbe de son corps, quittant ses hanches pour remonter lentement dans son dos, assimilant sous ses doigts toutes les subtilités qu’elle lui offre, avant de se perdre totalement dans ses cheveux. La pression de leurs deux corps est telle qu’il en ressent la moindre de ses respirations, le moindre mouvement que chacun de ses muscles opère contre lui, gravant le dessin de son corps sur le sien.

Ses doigts musclés s’aventurent sur son cou, lentement, parcourant chaque centimètre de peau rencontré avec précision, cartographiant toutes ses subtilités, le jeu des grains de peau, les variations de chaleur, les aspérités. Il joue ainsi lentement, dérivant au ralenti jusqu’à son épaule fragile. Du bout du petit doigt jaillit  un nouvel électrochoc au contact de la fine dentelle qui la couvre, ces quelques centimètres rarement aperçus et pourtant si persistant, si liés à son image de femme, ces douces obsessions qui l’accompagnent à chacun de leurs départs…


(publié à l’origine dans Jux)

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